La planification financière consiste avant tout à prendre des décisions éclairées. Elle nécessite une évaluation des flux de trésorerie, des rendements des placements, des conséquences fiscales, des risques et des objectifs à long terme. Ainsi, les choix financiers majeurs sont pris en pleine connaissance de leurs ramifications.
Pour les familles ayant accumulé un patrimoine important, cette analyse revêt une importance particulière, car les décisions prises peuvent avoir une incidence non seulement sur leur propre sécurité financière, mais aussi sur les possibilités qui s’offriront aux générations futures. Un plan financier bien conçu établit le cadre dans lequel ces décisions peuvent être prises en toute confiance.
Cependant, une question intéressante se pose une fois la sécurité financière assurée : une décision optimale sur le plan financier conduit-elle nécessairement au meilleur résultat ? Une décision peut en effet réduire le patrimoine futur tout en augmentant la valeur globale que la famille tire de son patrimoine. Une personne peut accepter en toute connaissance de cause un rendement d’investissement inférieur, payer plus que nécessaire pour quelque chose qui lui tient à cœur ou renoncer à une partie de son gain lors d’une transaction, car une autre option lui apporte quelque chose qui compte davantage à ses yeux.
D’un point de vue purement financier, ces choix peuvent ne pas sembler rationnels. Dans une perspective plus large, ils pourraient être tout à fait raisonnables. Cela ne diminue en rien l’importance de la planification financière. Bien au contraire. C’est précisément la capacité à comprendre les conséquences d’une décision qui rend ces choix possibles.
Le coût de la « bonne » décision
Le coût d’opportunité est l’un des concepts les plus importants de la planification financière. Un dollar utilisé à une fin ne peut pas être investi simultanément ailleurs. Sur de longues périodes, les effets des intérêts composés peuvent amplifier considérablement les conséquences d’un choix.
Toutefois, les décisions financières entraînent également certaines pertes d’opportunités beaucoup plus difficiles à mesurer. Un chef d’entreprise qui consacre une décennie supplémentaire à maximiser la valeur de sa société peut certes constituer un patrimoine plus important, mais il risque aussi de passer dix ans à assumer des responsabilités qui ne sont plus vraiment nécessaires. À l’opposé, une famille qui reporte à plusieurs reprises un projet d’envergure sous prétexte que le capital pourrait générer un rendement plus élevé pourrait finir par constater que les circonstances ont changé et que ce projet a perdu une grande partie de son intérêt.
La décision la plus judicieuse sur le plan financier peut en outre entraîner un coût qui n’apparaîtra jamais sur un état financier. Prenons l’exemple d’un entrepreneur qui reçoit deux offres d’achat pour son entreprise. L’un des acheteurs propose le prix le plus élevé, tandis que l’autre offre un montant quelque peu inférieur, mais a l’intention de préserver l’indépendance de l’entreprise, de conserver ses employés et de maintenir son siège social dans la communauté où le fondateur l’a implantée.
Optimiser le prix de vente apparaît comme la décision financière allant de soi. Néanmoins, si le fondateur accorde une réelle importance à ce qu’il adviendra de son entreprise après son départ, accepter un montant inférieur peut s’avérer tout à fait rationnel. La différence ne réside pas dans la disparition des considérations financières, mais simplement dans le fait que le vendeur poursuit plusieurs objectifs.
Des compromis similaires se présentent dans la gestion du patrimoine familial. Des parents peuvent décider d’aider un enfant à acheter sa première maison de leur vivant. Le capital offrirait peut-être un rendement plus élevé s’il restait investi pendant encore vingt ans. La valeur de la future succession pourrait ainsi être réduite. Pourtant, cet argent peut donner la possibilité à l’enfant de s’installer dans un quartier qu’il ne pourrait pas se permettre autrement, offrir une plus grande stabilité aux petits-enfants ou créer une occasion au moment où cela compte le plus.
C’est précisément lors de tels choix que la planification financière devient essentielle. Avant de décider, une famille doit savoir ce que coûte réellement le choix, savoir si la perte de capital futur est significative et si les autres objectifs restent préservés. Une fois ces questions élucidées, le client peut déterminer si la valeur non financière justifie le compromis financier.
Quand la richesse change la donne
Les conséquences financières d’une décision ne peuvent pas être dissociées du patrimoine qu’une famille a déjà accumulé. Dépenser 500 000 dollars lorsqu’une famille dispose de deux millions de dollars peut bouleverser son avenir financier. Dépenser le même montant lorsqu’une famille dispose de 20 millions de dollars peut représenter une décision très différente.
Dans un cas, cet argent peut être nécessaire pour préserver l’indépendance financière. Dans l’autre, il peut représenter une réduction relativement mineure d’un avenir déjà assuré. Pourtant, les familles aisées n’adaptent pas toujours leur comportement aussi rapidement que leur situation financière évolue à la hausse.
Ce phénomène est particulièrement flagrant en matière d’héritage. Imaginons une famille qui a accumulé un patrimoine suffisant pour mener confortablement son train de vie et léguer un héritage substantiel à ses enfants. Les parents ont la possibilité de continuer à maximiser leur patrimoine pendant encore vingt ans, ce qui leur permettrait potentiellement de léguer plusieurs millions de dollars supplémentaires à la génération suivante.
Ils pourraient également utiliser une plus grande partie de leur capital de leur vivant pour se consacrer à des activités qu’ils ont mises de côté pendant qu’ils constituaient leur patrimoine, comme soutenir des causes caritatives qui leur tiennent à cœur ou apporter une aide financière à leurs enfants. La première stratégie génère davantage de richesse. Elle ne génère pas nécessairement davantage de valeur.
C’est là que la notion de « suffisant » prend toute son importance. La valeur d’un dollar supplémentaire dépend de ce que ce dollar permet de changer. Pour le déterminer, il ne suffit pas de se contenter d’examiner la taille du patrimoine. Il faut comprendre les dépenses futures, la fiscalité, la liquidité, le risque d’investissement, les objectifs familiaux et l’ensemble des circonstances susceptibles d’influencer le plan au fil du temps.
Une fois ce travail accompli, il se produit quelque chose d’intéressant. La planification peut créer la liberté d’être financièrement inefficace. Une famille peut découvrir qu’elle a les moyens de prendre une décision qui aurait été irresponsable dix ans plus tôt. Elle peut choisir de vendre une entreprise à un prix inférieur, de donner de l’argent plus tôt, de travailler moins, de conserver un actif non rentable ou de dépenser de manière plus audacieuse. Cette décision peut tout de même entraîner une diminution du patrimoine. La différence réside dans le fait que la diminution est intentionnelle plutôt qu’accidentelle.
En définitive, quel est le véritable objectif de l’optimisation ?
Le but ultime de la planification financière est souvent axé sur la préservation du patrimoine, la sécurité financière à la retraite ou la transmission intergénérationnelle. Ce sont là des objectifs importants, mais ils ne constituent que les moyens d’atteindre des fins plus larges. Le patrimoine peut offrir de l’indépendance, protéger une famille contre l’incertitude, créer des occasions pour les enfants, soutenir des causes qui comptent et donner aux individus davantage de contrôle sur la manière dont ils occupent leur temps.
La difficulté réside dans le fait que ces résultats sont bien plus difficiles à mesurer que les rendements d’investissement ou la valeur d’un portefeuille. C’est pourquoi la décision optimale sur le plan financier ne doit pas toujours être considérée comme la décision universellement meilleure. Un plan financier peut indiquer à un client ce qui se passera s’il vend son entreprise, continue à travailler, conserve son actif, fait don de son argent ou le dépense. Il permet de quantifier les incidences fiscales, de soumettre le résultat à des tests de résistance et de cerner les risques qui pourraient rendre la décision non viable.
Cependant, une fois ces conséquences comprises, la décision peut légitimement refléter des considérations allant au-delà du rendement. La question n’est plus simplement de savoir ce qui génère le plus de richesse, mais ce que l’on souhaite accomplir grâce à cette richesse.
Il existe également une raison plus profonde pour laquelle ceci est important pour les familles aisées. L’accumulation de richesse a en général pour but d’offrir davantage de liberté. Si la recherche de l’efficacité financière finit par empêcher quelqu’un de profiter de cette liberté, l’objectif initial est perdu de vue. Continuer à optimiser son patrimoine peut être tout à fait approprié pour une famille et inutile pour une autre.
Le rôle de la planification financière est de permettre de faire ces distinctions. Elle fournit l’analyse nécessaire pour établir le coût d’une décision, la rigueur requise pour comprendre les risques de défaillance et la certitude de savoir si les objectifs financiers de la famille restent intacts. Une fois ces bases établies, il peut y avoir place pour des choix qui ne visent pas à maximiser le patrimoine financier, mais à maximiser ce que la famille considère comme plus essentiel.
En fin de compte, la question la plus pertinente n’est peut-être pas toujours : « Quelle décision permettra de générer le plus de richesse ? », mais plutôt : « Qu’est-ce que la famille cherche à optimiser ? »