Le coût d’une attitude défensive

Le coût d’une attitude défensive

L’une des décisions les plus difficiles à prendre en matière d’investissement n’est pas de savoir s’il faut être optimiste ou pessimiste. Il s’agit plutôt de déterminer à quel moment une préoccupation est suffisamment sérieuse pour justifier un changement de cap.

Le deuxième trimestre n’a pas manqué de raisons d’inquiétude. Les événements au Moyen-Orient ont accru le risque d’une instabilité géopolitique plus généralisée. Les prix de l’énergie ont augmenté, ravivant les craintes d’une inflation qui pourrait s’ancrer durablement. Les rendements obligataires sont restés sensibles à chaque nouvelle donnée publiée. Les marchés boursiers, qui avaient déjà traversé une période difficile marquée par la volatilité, ont été contraints d’absorber une nouvelle vague d’incertitude.

Pour de nombreux investisseurs, la question qui s’est naturellement posée était de savoir s’il s’avérait encore judicieux de conserver une exposition complète aux marchés. Était-il prudent d’adopter une stratégie plus défensive ? Les portefeuilles devaient-ils être ajustés avant que les risques ne deviennent plus explicites ? Était-il préférable de se retirer des marchés en attendant que la situation se clarifie ?

Ce sont là des questions légitimes. Celles-ci peuvent toutefois s’avérer coûteuses quand elles s’éloignent de la gestion des risques pour basculer vers l’anticipation des mouvements de marché.

Avoir raison ne suffit pas

Les investisseurs partent souvent du principe qu’un positionnement défensif efficace repose sur une vision correcte de la situation mondiale. Si l’inflation augmente, si la croissance ralentit, si les cours du pétrole s’envolent ou si les risques géopolitiques s’intensifient, réduire son exposition aux actions pourrait alors être utile. Dans la pratique, le lien est rarement aussi simple.

Les marchés ne réagissent pas uniquement aux événements. Ils réagissent aux anticipations, aux positionnements, aux valorisations, au sentiment et à l’éventail des scénarios possibles envisagés par les investisseurs. Une actualité négative peut être déjà intégrée dans les cours. Une évolution inquiétante peut s’avérer moins grave que redoutée. Un marché qui s’effondre dans un premier temps peut se redresser rapidement si les investisseurs concluent que les conséquences à long terme sont gérables.

C’est pourquoi un investisseur peut avoir dans l’ensemble raison au sujet d’un risque et pourtant ne pas parvenir à tirer profit des mesures qu’il prend en conséquence. La crainte peut être fondée, mais prématurée. L’analyse peut être réfléchie, mais déjà intégrée dans les cours. L’événement peut se dérouler comme prévu, mais la réaction du marché peut être différente.

Une récente expérience boursière, évoquée dans l’article de The Economist du 23 juin 2026 intitulé « Why macro trading is hard » (Les raisons pour lesquelles les transactions macroéconomiques sont ardues), illustre ce point. Les participants ont pu consulter la une du Wall Street Journal du lendemain, dans laquelle les cours boursiers avaient été supprimés, et ont été invités à effectuer des transactions en s’appuyant sur ces renseignements que les autres investisseurs n’avaient pas encore vus. Même avec cet avantage inhabituel, beaucoup ont eu du mal à transformer leur connaissance des nouvelles du lendemain en décisions rentables.

Ce résultat donne à réfléchir, mais il ne devrait pas surprendre. Connaître l’actualité n’est pas la même chose que savoir comment les marchés vont l’interpréter.

Quand la prudence se transforme en anticipation du marché

Il n’y a rien de mal à faire preuve de prudence. Un portefeuille doit refléter la situation financière de l’investisseur, ses besoins en liquidités, ses objectifs et son horizon temporel. Si l’un de ces éléments change, la composition de l’actif pourrait devoir être adaptée en conséquence.

Toutefois, cela diffère d’une modification de la composition de l’actif fondée uniquement sur un sentiment de malaise lié aux gros titres du moment.

Pour les investisseurs à long terme, cette distinction est cruciale. La décision de réduire l’exposition aux actions peut sembler prudente. Elle peut même paraître responsable. Pourtant, si la situation personnelle de l’investisseur n’a pas changé et si le portefeuille a été initialement conçu pour résister à des périodes de volatilité, cette décision relève souvent moins de la planification que de la prédiction.

Cela ne rend pas pour autant cet instinct irrationnel. La volatilité est déstabilisante. Les conflits géopolitiques sont graves. L’inflation peut éroder le pouvoir d’achat. Les marchés peuvent chuter plus fortement que prévu. Aucun investisseur ne devrait prendre ces risques à la légère.

La question n’est pas de savoir si des risques existent. Ils existent toujours. La question est d’établir si l’on dispose de la capacité, de manière répétée, à déterminer le bon moment pour se retirer du marché et, ce qui est tout aussi important, le bon moment pour le réintégrer.

Cette seconde décision est souvent plus difficile que la première.

Le coût caché d’une posture défensive

Adopter une posture défensive peut donner l’impression de réduire les risques. C’est vrai dans certains cas. Cependant, cela introduit également un nouveau risque : celui de passer à côté de la reprise.

Les phases de rebond des marchés commencent souvent avant même que l’actualité s’améliore. Elles peuvent survenir alors que les données économiques sont encore faibles, que les gros titres restent inquiétants et que les investisseurs attendent toujours la confirmation que le pire est passé. Au moment où le climat semble à nouveau rassurant, les cours ont souvent déjà évolué à la hausse.

C’est là le coût caché d’une stratégie défensive. Il n’est pas toujours visible immédiatement. Au début, détenir davantage de liquidités ou réduire son exposition aux actions peut sembler rassurant. Le portefeuille peut moins fluctuer. L’investisseur peut avoir l’impression de mieux maîtriser la situation.

Toutefois, à long terme, le coût peut s’avérer significatif si la position défensive interrompt la croissance composée à long terme. Passer à côté ne serait-ce que d’une partie d’une reprise peut laisser un investisseur dans une situation pire que s’il avait simplement accepté le malaise. Ceci est particulièrement vrai lorsque le plan d’investissement initial a été conçu pour un horizon à long terme.

Sur de longues périodes, les marchés récompensent généralement la patience, mais rarement en suivant le calendrier que les investisseurs auraient choisi. C’est pourquoi l’horizon temporel revêt une telle importance. Un investisseur qui a besoin de liquidités à court terme ne doit pas être contraint de compter sur des marchés favorables. En revanche, un investisseur disposant d’un horizon à long terme doit veiller à ne pas laisser l’incertitude conjoncturelle prendre le pas sur son plan à long terme.

La question plus pertinente

En période de tensions, la question ne devrait pas être : « Que pensez-vous que le marché va faire ensuite ? » Une meilleure question serait plutôt : « Y a-t-il eu un changement dans ma situation personnelle qui nécessite un rééquilibrage de mon portefeuille ? » Bref, l’horizon temporel s’est-il raccourci ? Les besoins en matière de dépenses ont-ils évolué ? La liquidité est-elle devenue plus importante ? La capacité ou la volonté à tolérer la volatilité a-t-elle significativement diminué ? Si la réponse est oui, il convient de revoir le portefeuille. Si la réponse est non, la réaction la plus rigoureuse consiste sans doute à maintenir les placements.

Cela ne signifie pas pour autant ignorer les risques. Il s’agit uniquement de dissocier la construction du portefeuille des prédictions. Une répartition d’actifs bien conçue doit déjà tenir compte du fait que les marchés seront périodiquement confrontés à des chocs, à des récessions, à des craintes inflationnistes, à des erreurs de politique économique, à des événements géopolitiques et à des vagues de ventes motivées par les émotions. Ce ne sont pas des exceptions à l’expérience d’investissement. De telles situations en font partie intégrante.

L’objectif n’est pas de constituer un portefeuille qui donne chaque trimestre un sentiment de confort. L’objectif est de constituer un portefeuille aligné avec les buts de l’investisseur dans un large éventail de circonstances, y compris pendant les périodes où les perspectives sont incertaines.

Rester investi n’est pas passif

Chez Pembroke, nous sommes convaincus que la discipline prend toute sa valeur dans les moments où il est particulièrement difficile de maintenir le cap. Notre priorité reste d’investir dans des entreprises de grande qualité, dotées de solides caractéristiques financières, d’équipes de direction compétentes et d’une capacité à s’adapter à l’évolution des circonstances. Ces entreprises ne sont pas à l’abri de la volatilité des marchés. Le cours de leurs actions peut baisser lorsque l’incertitude s’accroît. Néanmoins, à long terme, la qualité de l’activité, la capacité à générer de la trésorerie et une allocation réfléchie du capital restent les fondements essentiels de la création de valeur.

Pour nos clients, ce même principe s’applique au portefeuille. Rester investi ne signifie pas ne rien faire sous prétexte qu’il n’y a rien à prendre en considération. Cela signifie revoir le plan, s’assurer qu’il correspond toujours aux objectifs d’investissement et résister à la tentation d’opérer des changements majeurs sous l’effet de craintes immédiates liées aux marchés.

Il y aura toujours des raisons pour adopter une posture défensive. Certaines s’avéreront justifiées. Toutefois, le défi réside dans le fait qu’un investissement réussi exige davantage que la simple identification des risques. Il faut les évaluer correctement, déterminer ce qui est déjà pris en compte dans les cours, et n’agir que lorsque les éléments sont suffisamment solides pour justifier un changement.

Pour les investisseurs à long terme, le coût d’une posture défensive ne réside souvent pas dans le fait de se tromper sur le risque, mais dans le fait d’agir trop tôt, avec trop de certitude, ou de ne pas être en mesure de réintégrer les marchés avant la reprise.

Lorsque la situation personnelle évolue, le portefeuille doit s’adapter en conséquence. Lorsque celle-ci n’a pas changé, le fardeau de la preuve doit être plus lourd. Dans ces moments-là, la décision la plus judicieuse est bien souvent de résister à l’envie d’anticiper les marchés et de rester fidèle au plan établi avant la venue des mauvaises nouvelles.